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Petits fragments du journal d’un étudiant en histoire

Retour en classe après 9 ans d’interruption ou l’allégorie de la caverne revisitée

Comme il m’a fallu user du temps à écouter avant de prendre la parole, il m’a fallu beaucoup lire, avant d’écrire en public.

Cette tentative, malgré son caractère plus ou moins apologétique, ne commencera pas par des remerciements comme à l’accoutumé, puisqu’il me faudrait de manière certaine, sacrifier quelques révolutions autour du soleil pour pouvoir n’omettre aucun des protagonistes ayant participé à mon élévation et à mon épanouissement au cours des cinq dernières années.

De plus, il ne s’agit pas ici d’employer une stratégie discursive, qui aurait pour seul but de faire un recueil hagiographique d’hommes et de femmes illustres, mais il s’agit plutôt, à l’inverse, d’exprimer mon ressenti, mes émotions et les petites choses qui m’ont été données de percevoir, qui ont grandi en moi, ici et là. Cette dernière perspective, permettant je l’espère, d’exclure toutes les formes de sophisme.

Pour être le plus juste possible, je me dois d’abord de commencer par l’essentiel et donc de vous expliquer pourquoi je suis en train de vous raconter mon expérience. À dire vrai, mon retour dans le système scolaire, après près de neuf ans d’interruption et d’absence, fut je dois le dire, l’un des choix les plus déterminants que j’ai pu être amené à faire au cours de ma vie…

En effet, dès mon premier cours d’histoire, j’ai d’abord été saisi d’un sentiment de familiarité, pour être ensuite frappé de voir à quel point un Monde, qui jusque-là m’était invisible − comme les terriens l’étaient au départ à Micromégas − commençait à se dessiner en moi, sur ce qui y était déjà inscrit en filigrane.

C’était pour ainsi dire, similaire à un lever de soleil, faisant apparaître le paysage d’une destination qui avait été perdue depuis trop longtemps, et où l’on serait arrivé durant la nuit avec un peu d’avance, pour mieux en apprécier le spectacle.

Assez souvent, lorsque ces passeurs de savoirs composent et décomposent le Monde à l’aide de leur palette conceptuelle et de leurs outils spécifiques, qui rappelons-le, ont été parfaitement et longuement préparés pour l’occasion − afin de mieux nous le faire savoir − certaines nuances me paraissent plus enrichissantes, plus judicieuses, plus morales, plus vraies, et je décide de les apprivoiser.  Comme lorsqu’on tente de le faire avec le monde, avec l’inconnu, pour se débarrasser des jugements hâtifs, qui sont autant d’entraves à la raison qu’à l’épanouissement de l’être.

Cette culture, de la connaissance de l’Homme et de son milieu, prend le plus souvent racine chez les historiens-nes dans une terre riche en nutriments philosophiques, qui semble être irriguée sans cesse par la rigueur de l’esprit critique. L’un des rôles fondamentaux des historiens et des historiennes, on le ressent, est d’être les garants de cette culture, d’en être les protecteurs, puisqu’ils la récoltent, s’en nourrissent et la partagent telle de l’ambroisie, mais ici, à toutes celles et ceux qui en ont besoin pour vivre, pour vivre mieux, parfois.

Ce goût pour la nuance, à mon sens, fait partie de l’intelligence de certains-es de ces grands-es historiens-nes, qui participent au jeu de la remise en doute perpétuelle de la vérité, pour finalement, tenter de la saisir dans ses formes multiples. Faisant comme le restaurateur d’enluminures érudit, essayant de rendre leurs couleurs aux œuvres du passé.

Comprendre l’histoire, c’est aussi comprendre la différence, comprendre l’autre, se comprendre soi-même. Elle arrive à son paroxysme lorsqu’elle permet aux autres de mieux s’entendre, de s’écouter vraiment, d’apprendre à se connaître plus en profondeur. En d’autres termes, elle me parait profondément humaniste.

L’antique Denys d’Halicarnasse, disait de l’histoire qu’elle était « la philosophie enseignée par l’exemple », je le rejoins donc parfaitement ici, et je rajouterais même, qu’elle est parmi les seuls remèdes, avec l’amour, à pouvoir répondre aux maux les plus saillants de la pensée contemporaine, mais aussi, à ceux qui sont les plus enfouis.

L’histoire, est par ailleurs omniprésente, puisqu’on la retrouve, dès qu’on la cherche, dans tous les processus menant à une tentative de rationalisation. Ce qui fait d’elle la véritable témoin de l’existence. Tout ce qui existe au juste, de la taille d’un attomètre à celle d’un Univers, existe dans le temps et a donc un passé. Ce passé, si cher à celles et ceux qui veulent comprendre « comment ? », est le point d’ancrage de l’explication des choses, des esprits, du monde, et plus encore, peut-être, de tout ce qui n’a pas encore été découvert à présent et de ce que le futur nous révélera.